5 conseils pour réussir son retour après un an ailleurs

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Quelle prétention : les voilà rentrés depuis trois mois, même pas encore remis, et ils font déjà des listes de conseils. Bon. Mais quand même. Parce qu’on a aimé lire les retours des autres (comme le texte d’Adeline ou celui de la team Nowmadz) , voilà un point d’étape. Je crois qu’il y en aura d’autres, mais pour l’instant, voici nos conclusions. Nous n’étions pas inquiets pour notre retour et je pense que nous l’avons réussi. Cela dit, nous avons eu des surprises, des réactions inattendues.

Je me souviens de ce jour où nous nous sommes retrouvés en Australie, sans passeports et sans argent ou presque. Ce soir là, nous n’avons eu qu’une crainte : celle de devoir rentrer en France pour des histoires de paperasses. Envisager un retour prématuré nous semblait un tel marasme, presque une honte. Heureusement, nous avons eu le temps de refaire nos passeports à distance, et finalement ce désagrément s’est transformé en super aventure. Début novembre, nous sommes arrivés aux Etats-Unis. Déjà un parfum de retour flottait… Manu reprenait contact avec son équipe pour préparer sa reprise, je réfléchissais à la logistique. Finalement, ce « come back » se dessinait comme une nouvelle aventure, tout aussi excitante que le voyage en lui-même. Le retour dans un monde occidental, puis francophone et hivernal, au Québec, nous a permis d’entrer progressivement dans le bain français. Une fois arrivés, c’est à peine si on a eu le temps de penser. Il a fallu trouver un logement, prendre des rendez-vous pour à peu près tout, signer des papiers illisibles. Et maintenant, cela fait trois mois que l’on est de retour ici, un quart d’année, déjà. Voici quelques petites choses que nous voulions partager…

- Laisse-toi le temps d’atterrir… Mais impose-toi un rythme

Qui, de Manu (qui a repris le travail deux semaines après le retour) ou de moi (qui ai repris progressivement mon activité de journaliste pigiste et qui suis toujours à la recherche d’un poste) a mieux géré le retour ? On ne le sait toujours pas. Il y a eu un moment où chacun aurait aimé vivre la vie de l’autre : moi, j’avais besoin d’un cadre, d’un espace différent, d’une équipe, quand Manu aurait parfois aimé avoir un peu plus de temps. On a donc vite compris que chaque aspect était aussi important que l’autre : il nous fallait du temps pour digérer les émotions fortes du voyage, tout en organisant notre réinstallation en France sous peine de perdre totalement les pédales. Avoir des objectifs, voire des obligations, ça aide à avancer. Par ailleurs, il ne faut pas avoir honte de passer du temps à ne rien faire, de temps en temps, même quand, tout autour, chacun poursuit un emploi de temps faramineux…

- Ne te sens pas obligé de raconter ton voyage

C’est automatique, et c’est d’ailleurs très bien. Chaque personne retrouvée, chaque discussion, passe à un moment par le traditionnel : « Alors, le retour? » ou un… « C’était bien, ce voyage? » J’aime bien blaguer en faisant semblant de commencer le récit du voyage par la première journée, les premiers moments, en prévenant mon interlocuteur que l’histoire va être très très longue. Rires. Difficile d’avoir une « phrase type » pour ce genre de questions, mais en général, j’explique que je préfère raconter le voyage « par touches », par allusions, par thématiques. Si on parle de gastronomie, j’aime bien évoquer tel ou tel aspect. Tout en fuyant un récit linéaire qui serait, avouons-le, ennuyeux pour tout le monde. Et puis si notre quotidien en voyage était riche, intéressant, c’est aussi le cas de la vie de chacun, ici, là bas, qui a mené ses propres projets, pris des grandes décisions, vécu des choses rigolotes. Autant j’aime parler de mon voyage, autant j’aime entendre les histoires de ceux que je retrouve, que je rencontre.
Lors du retour d’un long voyage, il peut être angoissant d’être sans cesse exposé à ces questions. Sourires gênés. Que dire ? Que tout est merveilleux ? Que parfois, les choses ne sont pas si simples ? Qu’il y a d’autres choses à évoquer, finalement ? Quelle est la responsabilité du voyageur de retour, doit-il faire rêver ou garder ses expériences pour lui ?
L’important, finalement, serait juste de confier ce qui vient sur le moment, de rester vrai. D’oser dire : « là, c’est difficile d’en parler, c’est étrange pour moi ». Maintenant que vous êtes rentrés, il y a le temps…

- Prévois un (au moins…) petit voyage consolateur

Fin janvier, alors que nous étions encore en mode camping, mes parents m’annoncent qu’ils iront au Maroc quelques jours en mars. Bim, l’idée arrive : et si j’y allais, moi aussi ? Ai-je le droit ? Mon but principal est de retrouver un emploi mais la tentation est trop forte… Et finalement, cette petite « carotte voyageuse » a eu plein d’effets positifs : j’ai trouvé la force d’avancer et de finir des petits projets intermédiaires comme notre webdocumentaire Entrez dans le Transsibérien et j’ai eu de nouvelles idées d’articles pour ce blog. Je sais que Manu se réjouit, lui aussi, pour reprendre – bientôt – un peu l’air, ailleurs.
N’hésitez pas, après le retour, à déjà programmer des petites escapades ici ou là. Cela ne peut qu’être bénéfique pour bien digérer le retour avec un voyage au long cours !

- Commence progressivement le tri des photos

Grand étonnement : lors des premières semaines après le retour, il m’arrivait de ne pas croire que ce voyage s’était vraiment passé. Il me fallait alors regarder quelques photos, mais c’était presque de la torture : revoir tout ça me rendait triste, je me sentais vraiment pas du tout à ma place ici, dans mon pays. Alors je ne les touchais pas. Les dossiers ont dormi, le tri a attendu, attendu… Au bout de trois mois, je prends enfin plaisir à tout revoir, à essayer de sortir les meilleurs clichés pour en faire des tirages, des cadeaux, des souvenirs. Ces albums sont comme des mémoires vivres, sans cesse disponibles à la consultation, maintenant que le retour est peu ou prou avalé, digéré. Plus tôt, il m’était vraiment difficile de m’y plonger. J’en ai discuté avec Charlène, des Globecroqueurs, qui m’a expliqué avoir vécu la même chose. Alors il m’a semblé malin d’en parler ici, au cas où certains lecteurs auraient eu le même sentiment…

- Aide ceux qui partiront bientôt

L’énergie du voyage, ça se communique très facilement. Et l’excitation du départ, c’est pareil. J’aimais déjà beaucoup discuter avec d’autres voyageurs où ceux qui allaient partir durant le tour du monde, mais j’ai pris un réel plaisir à répondre à ceux qui me contactaient après le retour. Juste pour des petits conseils, des bons voeux… J’ai aussi pu rencontrer des gens sur le départ, et même si cela me donnait plus que jamais l’envie de repartir, c’était aussi une formidable occasion de se replonger dans l’ambiance « voyages » tout en étant ici, en France. Pas la peine de prendre un billet d’avion, finalement. Et puis, heureusement, le web déborde de projets de voyage passionnants, de récits, d’images… C’est le meilleur antidote !

Voilà, j’arrête là cette petite liste en vous invitant à ajouter vos propres conseils dans les commentaires. Le printemps arrive, la vie continue, les projets avancent ! A bientôt !

13 réponses

  1. La Luciole
    | Répondre

    Hey mais les photos, c’est carrément ça ! Même sans partir un an, à mon retour d’Ecosse l’an dernier, les revoir immédiatement, c’était la nostalgie de se dire « ça y est, c’est fini, on est rentrés de cette parenthèse enchantée » et maintenant, c’est du bonheur (et aussi l’envie d’y retourner, j’avoue…) ^^

    Sympa cette petite liste… et étonnamment, ça me donne aussi envie de bouger, loin, longtemps… ^^ Rien que pour tester mon propre retour peut-être ? :P

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci Lucie, je suis contente de lire que ça t’a fait un truc, aussi, les photos… J’ai hâte de parler de tout ça avec toi dis :)

  2. Emmanuel
    | Répondre

    Hello !

    votre article tombe à pic car je suis rentré depuis une semaine et je viens à peine de finir de récupérer du décalage horaire ^^
    J’ai revu seulement quelques amis précieux, les autres viendront plus tard. La famille en premier. Après avoir réglé quelques petits trucs, j’ai pris le temps de digérer le retour en lui-même et là je commence tout juste à me dire: « bon faudrait ptet retrouver un boulot » .
    Ma philosophie à l’heure actuelle: chaque chose en son temps, ne pas speeder, laisser les choses venir et surtout, avancer dans une direction.
    Doucement mais surement, se dire que l’on a toute la vie pour de bien beaux projets plutôt que de plonger dans la nostalgie.
    Fier aussi d’avoir réalisé ce « truc » pas donné à tout le monde, garder le sourire et cette énergie vitale et tenter de faire abstraction à ce « marasme » ambiant très palpable ici :/

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Salut Emmanuel ! Merci pour ton mot. Tu as raison, il faut aussi éviter de trop charger le planning des retrouvailles (je n’ai pas du tout réussi) parce que sinon ça devient ingérable… Prends bien ton temps ! :)

  3. Anne
    | Répondre

    Je ne suis jamais partie pour un tour du monde, mais j’ai adoré lire ton article.
    Et surtout, il m’a permis de mieux comprendre une de mes amies, qui est rentrée de son tour du monde il y a cinq mois.
    Elle a franchement du mal à se réadapter au rythme français. Je sens que ce n’est pas la joie. En tant qu’amie, je voudrais l’aider forcément, mais je n’ai pas les clés pour le faire malheureusement… Je ne peux pas comprendre ce qu’elle vit puisque je ne l’ai moi même jamais vécu. Compliqué…
    Je pense donc que je vais lui faire lire ton article ! Ça ne pourra que lui faire du bien. Et peut-être aura-t-elle envie de te contacter pour en discuter un peu :)
    Merci !

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci Anne pour ton commentaire ! Bien sûr, n’hésite pas à donner mon contact à ton amie, ça peut être chouette… Un retour n’est jamais facile, il faut juste être conciliant avec soi-même :)

  4. eva
    | Répondre

    Super petite note Sarah !! Contente de voir que tu es repartie sur les rails de la vie de pigiste haha. On s’accroche :)

  5. natieak
    | Répondre

    Bonsoir
    Effectivement , cela doit être un peu difficile de se réadapter . Le principal finalement est de savoir prendre son temps . Le tri des photos va surement être quelques choses de long mais assurément magnifique en émotions.

  6. Jennifer
    | Répondre

    Quels bons conseils!
    Je suis revenue d’un long voyage en octobre dernier et je me retrouve tellement dans ce que tu as écrit :)
    ET c’est un plaisir de découvrir ton blogue!
    A+

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci Jennifer, je suis très touchée ! Pour ma part je suis ton blog depuis longtemps, j’adore ce que tu y racontes et je me souviens avoir été très touchée du récit de ton arrivée à l’aéroport où toute ta famille t’attendait… Waouh :)

  7. NowMadNow
    | Répondre

    Coucou Sarah!

    Comment vas-tu?

    Je lis avec bonheur ton article franc et nuancé.

    La question du retour, ou des retours dans mon cas, m’interpelle. Cette phrase m’a fait sourire et donnée matière à réflexion: « Quelle est la responsabilité du voyageur de retour, doit-il faire rêver ou garder ses expériences pour lui ? ». Le but n’est pas du tout de devenir prétentieux par le simple fait d’avoir voyagé, cela ne me rend pas meilleur que mon interlocuteur. Je déteste ces voyageurs qui alignent les destinations comme des médailles. Et prendre le temps de s’intéresser à la vie de ceux qui sont restés, est essentielle, comme tu l’écris avec justesse.

    Au plaisir de te lire!
    Bon voyage au Sri-Lanka à vous deux,

    Aline

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci beaucoup Aline !
      Quel plaisir de lire ton commentaire au réveil, dans la verdure sri-lankaise… Je suis bien d’accord avec toi. J’ai souvent été peinée quand on me disait « pas la peine de s’étendre sur ce qu’on a fait, c’était basique comparé à ton voyage »… Mais pas du tout, tellement pas, ailleurs et de retour je voulais qu’on me donne des détails sur ce qui se construisait chez mes proches, mes potes. Chaque quotidien se vaut…
      Par la question de la responsabilité du voyageur je me demandais aussi s’il fallait parler des moments de doute, des choses dont on n’est pas fier. J’ai hésité parfois, en ayant trop peur de sembler me plaindre…

      Au plaisir d’échanger avec toi, passe un bel été !

  8. […] qui renferment les images numériques grappillées durant notre année de voyage. Ces photos, je ne les ai pas regardées pendant un long moment, après le retour. Et puis j’y suis revenue, souvent, très souvent. Encore […]

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