Au Sri Lanka, les routes mènent de nouveau à Jaffna

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imageAller au Nord du Sri Lanka, c’était une idée comme ça. Juste un axe, une direction, puisque notre itinéraire n’était pas fixe et que l’on aurait pu bifurquer à n’importe quel moment… Si une guerre civile a opposé l’armée sri-lankaise aux « Tigres tamouls » indépendantistes, au Nord, elle est terminée depuis cinq ans et rien n’empêche le promeneur de pousser la route jusqu’à Point Pedro, le point le plus septentrional du pays. Un détour qui permet de goûter à une ambiance différente, à une langue dont ont arrive à percevoir la musicalité particulière, à d’autres paysages.

Avant le départ j’avais lu cet article de Courrier International, paru en 2011, où une journaliste va pour la première fois dans le Nord. Il est alors difficile pour les visiteurs de s’émouvoir dans la région. Je trouve cet article formidable, d’autant plus maintenant que j’ai moi aussi trainé mes baskets dans le coin. Parce que je reconnais certains aspects et d’autres me semblent avoir beaucoup évolué en trois ans.

Prendre le bus pour Jaffna

Rien de plus simple. Il est huit heures à Trincomalee et nous sommes déjà dans l’un de ces bus rouges hors d’âge, en train de bavarder avec une jeune femme qui étudie à Jaffna. Elle était rentrée dans sa famille, à Trinco, pour la fin du ramadan, et la voilà prête à rentrer. Il nous faut environ six heures pour rejoindre Jaffna, mais il y a tant à voir que ça passe très vite. Un peu après Vavuniya, on s’arrête à un check-point. Suivis du regard de tous les passagers du bus, nous sommes amenés à descendre présenter nos passeports et expliquer les raisons de notre passage dans le nord. Première présence armée. Mais c’est très bon enfant, on discute cinq minutes et au retour, le militaire nous offrira même des cacahuètes. Bien que la paix règne depuis cinq ans, le territoire est quadrillé par l’armée. Partout, des hommes (très) armés se promènent, c’est plutôt relax finalement mais pour moi, c’est très étrange. Je ne peux pas discuter sereinement avec un mec en train de nettoyer sa mitraillette…

Nous traversons un endroit étrange, Éléphant Pass. Un ancien champ de bataille, un bras de terre cerné par la mer et qui donne accès à la péninsule de Jaffna. On distingue des marais salants et la nouvelle ligne ferroviaire, Colombo Jaffna, qui devrait ouvrir bientôt – sacré symbole… Dans la région, les traces de la guerre semblent presque mises en scène. Sur certaines ruines ( un château d’eau allongé par terre, par exemple) un immense panneau à été dressé. On peut y lire « Aux destructions, dites non pour toujours ».
Elles sont nombreuses, les ruines, reprises peu à peu par la végétation, oubliées mais impossibles à louper pour nous qui arrivons juste. Comme le dit la journaliste dans le lien plus haut, il est dommage de voir cette région uniquement à travers le prisme de la guerre puisque c’est une terre d’histoire qui ne peut pas uniquement être réduite à son histoire récente.

Qu’est ce qu’on fait à Jaffna ?

Si elle peut paraître déconcertante au premier abord – la gare routière est au cœur de la ville et tout gravite autour d’elle, dans la poussière et les klaxons – elle est en fait assez simple et plaisante à visiter. Le premier soir, nous nous rendons sur l’ancien fort hollandais qui borde une partie de la ville. Joli lieu de promenade, il offre un beau panorama. Sur les remparts, on rencontre plusieurs familles tamoules sri-lankaises expatriées, surtout en Europe. Je me souviendrai longtemps de cet homme, natif de la région de Jaffna et qui a quitté le pays très jeune, à cause de la guerre. Il revenait pour la première fois à Jaffna, avec ses deux enfants. Étrange situation : il vient d’ici mais ne connaît pas grand chose… Il le disait à lui-même. La première famille d’expatriés m’a d’ailleurs surprise : le papa nous lance un classique « d’où venez-vous » et ajoute « nous, on vient de Hollande », en anglais. Je confie avoir été un peu étonnée puisque je ne m’attendais pas à rencontrer toute la diaspora sri-lankaise, en vacances au pays.
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Depuis le fort, on aperçoit un grand bâtiment blanc : c’est la bibliothèque de la ville, une des plus grandes d’Asie, paraît-il. Durant la guerre, elle a été complètement détruite par un incendie et de nombreux ouvrages très rares sont partis en fumée. Dans les années 2000, elle a été reconstruite, presque à l’identique. On peut la visiter, déambuler dans les salles de travail où bachotent des étudiants, et voir quelques clichés de la bibliothèque telle qu’elle était avant la guerre.

De là, il est facile de rejoindre le centre-ville où le marché et la gare routière se font concurrence en terme de bourdonnement. On croise pas mal de très vieilles voitures, type Morris, qui donnent un petit charme désuet à la ville…

Parmi tous les magnifiques temples hindous que nous croisons, il y en a un qui nous a plutôt marqués… En matinée, on se rend à Nallur Kovil, le grand temple de la ville. Ce mois-ci, un grand festival à lieu. Les rues sont fermées, on abandonne nos chaussures pour déambuler dans le sable répandu tout autour du monument. La ferveur est presque palpable, il y a beaucoup de musique, les gens sont concentrés sur leurs prières, certains hommes entreprennent de faire le tour du temple en se roulant au sol, les bras tendus au dessus de la tête, une noix de coco entre les paumes de leurs mains. On se sent un peu comme les deux boulets qui emmerdent le monde, mais encore une fois, une famille de sri-lankais vivant en Europe nous invite à entrer dans le temple – Manu devra juste enlever son t-shirt. Une lente procession fait le tour du bassin central, dans les effluves d’encens. C’est magique et très beau. Les gens nous sourient et nous, on glisse sur le sol en silence…
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Sortir de la ville

Comme toujours, prendre un peu de recul (et un bus pour s’éloigner de la ville) est une bonne idée. Sur un coup de tête, on grimpe dans un autocar pour Point Pedro, à l’extrême nord de l’île. La route est superbe et nous atteignons notre but en une heure et demi, après avoir papoté avec nos voisins et fait quelques photos. Je ne sais pas si le lieu est recommandé dans les guides (pas dans le Routard en tout cas et je râlerai plus tard contre l’édition Sri Lanka, très incomplète) mais on a l’impression juste un instant, de débarquer sur la lune. On marche le long de la côte, où se succèdent petites maisons de pêcheurs et étalages de poisson. Sur le sable, des enfants ont dessiné un terrain de lutte et s’affrontent tour à tour – et il y a cette petite fille hilare qui nous a longtemps suivi à distance, et qui nous hélait dès que nous nous retournions. On rencontre un homme qui nous raconte qu’il a longtemps travaillé dans un restaurant indien à Paris, il nous explique tout – la ligne de métro, la rue, le boulot, la blessure à la jambe qui l’a ramené sur les côtes désolées de Point Pedro. Et il nous dit dans un français parfait, « à tout à l’heure ».
Il paraît qu’il y a un vieux phare au bout de la route. Allons voir… Il s’avère que le phare en question n’est pas du tout mis en valeur puisqu’il est encadré par des bâtiments de l’armée et une magnifique antenne téléphonique. Pas grave, c’est pas vraiment pour cela que nous étions venus… ( je vous épargne la photo, du coup… )

L’autre petite balade facilement faisable, autour de Jaffna et en transports en commun, ce sont les petites îles au large de la ville. La plus grande, c’est l’île de Delft, avec ses plages de pêcheurs et ses chevaux sauvages. Enfin je vous dis ça, mais on s’est naturellement levés trop tard pour avoir le bateau à temps… On s’est donc rabattus sur la petite mais non moins charmante Nainativu, une petite île qui abrite deux temples : l’un est bouddhiste, l’autre hindou…

Pour y aller, il faut prendre, depuis Jaffna, le bus allant à Kurikadduwan. Le trajet est génial : on passe d’îlot en îlot, grâce à des connexions terrestres artificielles. C’est vraiment le fin fond de la campagne et c’est beau. On parlera des tarifs des transports dans une autre note de blog, mais comme d’habitude, il faut compter quelques centimes pour 1h30 d’aventure. Arrivés au bout de la route, on saute dans un petit bateau qui nous emmène sur l’île qui nous intéresse. Super simple, 100% pur Sri Lanka puisque vous rencontrerez surtout des fidèles se rendant au temple, à bord du bateau.

Conclusion : il faut y aller si on en a la possibilité ! Bien sûr, on ne peut jamais tout faire… Déjà, on pense à revenir faire les montagnes du centre et le sud. Au Sri Lanka, même si c’est petit, il faut choisir un chemin, un sens, un trajet. Nous, on a opté pour un demi tour de cadran, vers le Nord, et on ne le regrette pas. Qu’on y aille ou pas, l’important est de savoir que maintenant, c’est possible. Quelle déception quand j’ai réalisé que le Routard avec totalement éludé le Nord dans son édition 2014… La richesse de ce pays réside aussi dans la grande diversité de ses climats et de ses paysages, se rendre au Nord permet au voyageur de pleinement en prendre conscience.

Nous quittons donc le Sri Lanka demain… Les prochaines notes de blog seront mieux mises en page que celle-ci et les précédentes et nous partagerons alors les photos prises à l’appareil photo (et non au téléphone même si c’est déjà pas mal…) Merci à vous et à très vite !

2 réponses

  1. Je ne connais pas du tout le Sri Lanka mais les temples ont l’air magnifiques.

  2. […] par ses paysages, ses temples hindous et bien évidement sa culture. Envie d’un aperçu, lisez le récit de voyage de Manu et […]

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