Australie : Comment le vol des passeports est devenu un délicieux souvenir

australie surfers paradize
Fin de journée à la plage – au loin, l’étrange ville de Surfer’s Paradize (si, c’est son vrai nom… )

Je jette un oeil sur mon passeport et je vois : « Délivré à : Sydney ». Alors, je souris. Ce passeport n’est pas n’importe quel passeport. Il est un remplaçant, obtenu au prix de nombreux efforts, un matin d’été en Australie, après un malheureux mais commun vol de passeports. Mais quand j’y repense, je me rends compte d’une chose : c’est un merveilleux souvenir de voyage.

Des mains tendues quand il le faut 

Déjà, en juin, alors qu’on ne savait pas trop comment on allait s’en sortir, on parlait de ces gentils Australiens, avec qui les échanges ont été tellement plus forts, je crois, parce que nous étions fragilisés. On l’a ressenti d’autant plus qu’on ne s’y attendait pas : je pensais me retrouver dans la galère dans un état « occidental » où on allait se cogner aux bureaux fermés 15 minutes en avance et à cette mauvaise ambiance administrative que l’on connaît trop en France.

IMG_1466
On le concède, le « lieu du drame » est plutôt sympa :)

Dès le premier soir, la gérante du camping où nous étions nous a proposé de rester gratuitement chez elle autant qu’on le souhaitait et d’utiliser son téléphone. Et puis il y a ce postier qui a fermé les yeux sur le fait que je n’avais plus de passeport, pourtant nécessaire pour récupérer un virement. « Je connais tous les numéros par coeur », j’ai dit. Alors il a souri. Globalement, les Australiens aiment bien donner des surnoms mignons, à la « love », « sweetie », tout ça tout ça. Autant vous dire que quand on leur glissé que « tout baigne mais on n’a ni papiers ni carte bancaire ni rien », c’était l’avalanche de douceur ! Et mine de rien, ça fait du bien. On aurait pu être « dégoûtés » de l’Australie mais grâce à cette bienveillance, on s’est sentis à l’aise.

IMG_1469
Session « photo d’identité » à l’australienne dans un bureau de poste

Tanya et Marty, le coup de coeur 

Parmi toutes les rencontres, il y a aussi eu des retrouvailles. Elles étaient prévues depuis le mois de mars : en Corée, nous avions rencontré Tanya et Marty, un couple australien, qui nous avaient lancé « mais arrêtez vous chez nous à Brisbane ! » On avait bien sûr dit oui, mais une fois délestés de nos passeports on a dû leur expliquer que nous n’avions pas d’autre choix que de filer directement à l’ambassade française à Sydney pour faire les paperasses. Pas le temps, donc, de s’arrêter à Brisbane. Mais ! Parce qu’il y en a un : Tanya et Marty ont tout arrangé pour nous, nous ont accueillis dans une maison chaleureuse et vivante, nous ont trouvé des billets d’avion pour faire l’aller retour Brisbane – Sydney en 24 heures et profiter un peu plus longtemps de la douceur du Queensland.

Avec eux, nous avons visité la région de Brisbane de haut en bas, nous sommes allés dans la campagne, on a visité la ville à vélo… Bref, on a goûté à quelque chose qui nous donne définitivement envie de retourner dans cette ville. Il y a eu un lien spécial. Merci, encore, Tanya, Marty et les filles. Il faudrait que je traduise tout l’article en anglais :)

IMG_1497
Quelque part dans le Queensland…

La découverte d’un pan de la diplomatie française 

Ca aussi, c’était une grande première. Notre premier relais, à Cairns, a été le consulat franco-allemand. Nous avons été reçus par Sabine, une Allemande, qui nous glisse qu’elle ne bosse en fait que pour les Français exilés en Australie. Rires. Pour le coup, ce premier contact n’a pas été des plus rassurants puisqu’elle nous a assuré qu’il nous faudrait plus d’un mois pour récupérer un passeport. En réalité, il nous aura fallu 17 jours entre le vol et la remise des nouveaux papiers. Mais on ne lui en veut pas, mieux vaut ne rien promettre ! Et le message est clair : on ne peut rien faire à Cairns, nous sommes obligés d’aller à Sydney pour avancer. Nous prenons donc contact par email, on envoie les pièces nécessaires par courrier et nous prenons le fameux premier rendez-vous qui nous permettra de donner nos empreintes et tout ce qui suit. Facture : 90 euros par personne. Ca passe mal, mais il n’y a pas le choix, c’est comme ça. Ensuite, il n’y a plus qu’à attendre…

Notre vie dans une série policière 

L’autre truc un peu nouveau, maintenant que j’y pense, c’étaient nos rapports avec la police de Cairns. On a naturellement fait un dépôt de plainte, notamment parce qu’on pensait que ça serait utile plus tard et parce qu’on avait un témoin (si… puisque je vous dis que c’était une vraie série télé), que j’avais vu le voleur et que je lui avais même couru après. Et franchement, même pour un « petit » truc, on a vraiment été pris au sérieux : plusieurs entretiens, et même la surprise de voir une voiture de police débouler dans le camping (j’espère que les voisins ne nous ont pas pris pour des malfaiteurs) pour partir au poste central faire une reconnaissance faciale. Ca rigole pas, j’vous dis ! Et tout au long du voyage, on a échangé avec notre nouveau copain Peter, le policier. J’aurais jamais parié…

Et puis la route a continué 

Forcément, on a redémarré. On a laissé Brisbane, on a fait un tour dans la campagne du New-South-Wales qui se plongeait dans l’hiver australien, on a tracé nos petits kilomètres, fait plein plein plein de pâtes au beurre et dormi comme des oursons à l’arrière de notre joli petit van. Nous n’avions toujours pas de passeports, mais ils étaient sans doute en route quelque part, eux aussi. Ca donne un peu de piment… Nous avons choisi l’itinéraire bis, on l’a adoré, et pas seulement parce qu’on a vu des kangourous.
Il y a un truc qui m’a beaucoup plu sur les routes australiennes : les « drivers revivers ». Sur plusieurs aires de repos, des bénévoles tiennent un petit cabanon où ils offrent gratuitement du café, des gâteaux, des cartes routières, des brochures… Ils font de la sensibilisation à la sécurité routière et permettent à ceux qui voyagent seuls et longtemps de faire une pause sociale. Rien de mieux qu’un peu de tchit-tchat lors d’un échange de volant… J’ai vraiment apprécié ces petits moments, c’est sympa et c’est bienveillant. On peut récupérer quelques infos sur la route à venir, les choses à faire dans la ville suivante… Une bonne idée à exploiter !

1001535_280426288763547_1003188853_n
Quelques jours plus tard, nous sommes revenus à Sydney, par la route, cette fois-ci. On sort glorieux de chez le loueur de van, avec qui on avait encore un débat à mener. Mais ouf, on a fait valoir nos droits contre l’argument « ah non vous avez pris l’assurance pour la voiture mais pas pour la CLE de la voiture ». Qu’importe : on souriait en sortant, pile au moment où l’on rencontrait notre dernière fantastique Australienne : Greta, avec qui nous avons visité les alentours de la ville sous un magnifique soleil. La fin de toute cette histoire, elle se passe à 6h du mat à l’aéroport de Sydney. Le mec de la douane ne comprenait pas pourquoi nous n’avions pas le même numéro de passeport qu’à l’entrée. Alors on lui a.. raconté tout ça.

IMG_1480

Le sac revient 

Bonus ! Plusieurs mois plus tard, au fin fond de la Bolivie, je suis mue par un étrange instinct : celui de consulter les « autres » messages sur Facebook. Où je découvre, l’air de rien, un message de Heidi, qui disait qu’elle avait trouvé une petite sacoche avec deux passeports, un portefeuille, un lecteur MP3 et cinq dés. L’un des passeports portait mon nom. Trop émue, je lui demande comment je peux lui transférer de l’argent, et si, en échange, elle accepterait de renvoyer le sac chez mes parents, en France. La jeune femme explique qu’elle n’acceptera pas d’argent mais qu’elle renverra le sac avec plaisir. Elle s’excuse même parce que sa fille a joué avec les dés et en a perdu un… Nous la remercions chaleureusement et, une fois rentrés en Alsace, je confectionne deux colis gourmands à base de délices de Noël alsaciens. L’un pour Heidi, l’autre pour la famille de Tanya et Marty.
So long, Australia !

IMG_1473

11 réponses

  1. Violaine
    | Répondre

    Oh j’ai adore cet article dis-donc! C’est tellement bien raconte (desole, clavier QWERTY aucun accents :) ) et puis ce sont de beaux souvenirs, tres emouvant (la partie panier noel alsacien) :D

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci copine ! Sur le coup, on ne s’est pas rendus compte que ces petits moments de galère et de stress (au début on avait peur de devoir rentrer en France tous penauds) allaient se transformer en bons souvenirs.. :D

  2. Olivia
    | Répondre

    Quelle chance vous avez eu de croiser la route de ces personnes !! Je me souviens aussi avec nostalgie de la gentillesse « sans effort » et naturelle des australiens… Même si je n’avais pas eu de problème pendant mon voyage, ça m’avait marquée. En tous cas, contente pour vous que votre « histoire » australienne se finisse bien ! Ca redonne un peu d’espoir en l’espèce humaine…

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Ouais, je crois que je vois ce que tu veux dire, « gentillesse sans effort » :) Merci à toi Olivia !

  3. Laurent
    | Répondre

    Ils sont un peu compliqués l’ambassade de France en Australie non ? J’ignore quelle est la norme, car je ne me suis pas fait voler mon passeport 10 mille fois, mais à Jakarta, l’ambassade a été très rapide pour me refaire un nouveau passeport (un provisoire valable un an), juste quelques jours d’attente, pour une somme plutôt très raisonnable. Et ils me proposaient même de l’envoyer dans n’importe quel consulat français du pays. Ils m’ont même rédigé un courrier traduit en Indonésien pour expliquer à l’immigration indonésienne pourquoi je n’avais plus de visa et qu’il fallait donc m’en délivrer un nouveau. J’avais été épaté !

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Trop sympa ça ! Je note pour plus tard : perdre mon passeport en Indonésie :)
      A l’ambassade on a eu deux sentiments… Celui d’une ambassade qui gérait une grosse communauté française (20 000 personnes de mémoire) et aussi celui d’un coin ou tu pouvais avoir un placard tranquille… le préposé au permis de conduire, très gentil mais pas très occupé, on a tchatché avec lui pendant une heure. Et au final, il n’a pas fait ce qu’il devait : annuler mon permis de conduire. Finalement, heureusement, on a réalisé que plus tard (on avait pas ouvert) qu’on avait interverti nos permis, Manu et moi, et c’est donc Manu qui a en fait perdu son permis.. Bref, le sac de noeuds. Mais comme le mec n’a pas fait son boulot, mon permis à moi est toujours valable ! Comme quoi…

  4. Malicyel
    | Répondre

    Je me rappelle d’un vol de carte d’identité en Espagne le dernier jour et c’était moins sympa :D C’était un samedi, j’ai galéré à retrouver le commissariat et là je tombe sur des mecs qui parlent à peine anglais. Je me rappelle avec le sourire de ce moment ou j’ai dû faire ma déposition moitié en anglais moitié en espagnol pour être comprise… même si ça m’a laissée dans une sacrée galère car plus mes clés, ni de liquide, ni rien pour le retour.

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Tu m’étonnes ! Je me suis d’ailleurs fait tirer un autre sac en Bolivie, c’était bien plus délicat. Mais je préfère garder en mémoire les aventures qui ont bien tourné :)

  5. […] du monde, et nous avons ressorti des histoires qui nous plaisaient bien, comme notre aventure en Australie sans passeports. J’allais oublier : j’ai passé de longues journées à construire notre premier […]

  6. Emmanuel
    | Répondre

    Bien bel article qui aide à relativiser les choses quand les choses tournent mal.
    Un conseil: ne pas perdre son passeport en Chine, ça coûte très cher et c’est arrivé à un copain. Il faut repayer son passeport, repayer le visa chinois et repayer un billet d’avion de sortie si la date de départ est trop tôt avant la livraison du nouveau visa, qui dépend de la livraison du nouveau passeport (assez rapide du genre) et qui dépend de la confirmation de l’identité de la préfecture ayant établi le passeport perdu/la carte d’identité !
    Et l’officier chinois lui avait dit: « 1 fois ça passe, 2 ça passe pas ». Sourire glacé en retour ^^

    Sinon, vous avez eu de la chance que vos affaires soient retrouvés, j’ai souvenir qu’un truc du même genre soit arrivé à Maider d’Il était une faim qui avait retrouvé son disque dur externe contenant toutes ses photos, grâce à un autre voyageur quelques mois plus tard !!!

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Haha Merci Manu ! Purée en effet ça donne froid dans le dos les paperasses en Chine… Sérieux en Australie on a eu de la chance (mais si on avait été à l’autre bout du pays ça aurait pu devenir un problème) et tout le monde à l’ambassade était tranquille, ça m’a même un peu donné envie de faire leur boulot !

Répondre