Haïti, notre Aventure ambiguë

PHOTO A METTRE EN AVANT

Yslande et Guileinne ont 28 ans. Il y a quelques mois, elles ont quitté la région parisienne pour un voyage entre soeurs, entre jumelles, à la découverte des Amériques et de l’île de leurs racines, Haïti. Un périple qui force l’admiration.
Au fil d’une conversation numérique avec Yslande, qui est aussi journaliste, je propose de leur prêter mon petit coin de web si d’aventure elles avaient envie de raconter quelques facettes de leur voyage, tout comme, il y a peu, Renaud l’avait fait en nous emmenant en Iran. Je dois dire que c’est un vrai plaisir, un honneur, de partager ici leurs voyages. D’abord, parce que ce sont des gens que j’aime, que je connais, je les sens près de moi lorsque je les lis. Ensuite parce que je me dis que ces histoires ne sont pas anodines : elles valent le coup d’être écrites, elles valent le coup d’être lues par vous.
Alors voilà. Bienvenue à Guileinne et Yslande, qui ont entrouvert, dans ce très beau texte, une porte de leur Haïti.

Je vous invite à leur poser vos questions via les commentaires au bas de cet article…

 

Repères pour mieux comprendre…

PAP : Port-au-Prince, la capitale qui compte plus d’un million d’habitants

Fonds-des-Nègres : une petite commune de campagne située dans le sud d’Haïti, à 4h de la capitale

Tap-Tap : vehicules de récupération servant de bus ou de transport scolaire, ils sont très colorés et décorés d’inscriptions bibliques telles « Jésus est mon sauveur », « Gloire à Dieu », « Hosanna »…

Pap padap : autre sorte de tap-tap, pareil à une camionnette, de couleur unie desservant des villes de province en un rien de temps! « Pap Pap »!

Shalom : « Paix » en hébreu. L’église Shalom en Haïti est située dans le quartier de Delmas 33

Moun Lotbo : les gens de l’autre bord ou ceux de l’étranger

Dyaspora : ce mot a le même sens que diaspora en français. Mais en Haïti, il peut avoir une connotation assez négative et on l’utilise même en substantif : « c’est un ou une dyaspora », pour désigner un Haïtien de l’étranger

Pétionville : une commune de la capitale, où le fossé entre riches et pauvres est palpable, où les bidonvilles avoisinent de splendides villas.

Papitas : des chips de banane plantain

Minustah : mission des Nations-Unies pour la stabilisation en Haïti

Gourdes (HTG) : monnaie locale. On parle aussi de dollars haïtien. Exemple : 10 gourdes = 2 dollars haïtiens ce qui equivaut à moins de cinquante cents (USD)

 

Première partie : Port-au-Prince, Port-aux-peurs?

 

guigui et yslande
Yslande et Guileinne, deux soeurs à la découverte de leur pays

28 décembre 2014. 14h30. Aéroport international Toussaint Louverture. Presque douze ans après, nous voilà en Haïti pour notre « deuxième première fois ». En juin 2003, l’aéroport nous paraissait plus étroit, moins éclairé, un peu sobre, sans artifices. Aujourd’hui, l’empreinte de la « modernité » semble plus ancrée, avec la présence d’agents d’accueil venus nous saluer à notre arrivée, nous distribuant de la documentation touristique. La largesse des corridors, la luminosité bienveillante, la grande baie vitrée où l’on aperçoit la piste d’atterissage ou encore le son des tambours des musiciens vêtus de chemises bariolées, à l’hawaïenne, nous font sentir qu’Haïti a changé. Seul bémol, au moment où nous patientons pour récupérer nos bagages, le surgissement d’un black-out plonge l’aéroport dans le noir. A cet instant précis, on se souvient de cet aspect (bizarrement oublié) du pays : la grande majorité des habitants n’ont pas accès quotidiennement à l’électricité, qui leur est donnée, puis enlevée au bon gré de Mr EDH (Electricité d’Haïti). « Yo pran kouran a« , « ils ont pris la lumière » sera une phrase que l’on entendra tous les jours pendant notre séjour.

Jalousie bidonvilles
Jalousie, les bidonvilles…

La première question posée par nos oncles et tantes, dès notre arrivée a été la suivante : « Combien de temps allez-vous rester ?« . Impossible pour nous d’échapper à cette interrogation qui a taraudé la famille, avant même que nos pieds intrépides ne foulent le sol de l’île. En effet, on ne voyage pas comme cela en Haïti. De surcroît pour deux jeunes femmes (confondues facilement avec des adolescentes) n’étant pas nées dans le pays, bien qu’y étant originaires, et surtout sans parents ni maris.

dans la rue ici affiche pour lutte contre le choleraQu’allions-nous chercher ici, durant les deux mois qu’allaient durer notre séjour? Pourquoi rester aussi longtemps, se demandaient nos proches. Se rendre en Haïti, c’était aller à la rencontre d’une terre qu’on ne connaissait pas vraiment. La première fois, nous n’avions pas profité du pays. Nous étions restées seulement quelques jours à Port-au-Prince, (où on a visité un soir, l’ancienne place touristique du Champs-de-Mars, en mangeant des glaces et effectué un tour express du fameux Marché au fer) puis, nous nous étions rendues à Fonds-des-Nègres, en province pour voir notre grand-père, que nous n’avions jamais rencontré. A l’époque, on avait 16 ans et on se déplaçait uniquement avec notre mère. Et pour cause, difficile de jouer aux touristes dans le pays. A cette période, les kidnappings étaient nombreux et l’île faisait face à de graves problèmes d’insécurité. Pas question pour nous d’aller se promener je ne sais où. Donc, nous n’avions en réalité absolument rien vu d’Haïti pendant ces vacances d’un mois.

 

Virées en tap-tap

Il s’agissait donc pour notre deuxième première fois, de profiter à fond de ce voyage, de visiter au sens le plus touristique du terme, l’île qu’on surnommait alors, « la perle des Antilles ».

 

Family
Un moment en famille…

Plusieurs obstacles se présentaient à nous. D’abord, on devait affronter la peur constante de la famille qui nous interdisait de sortir sans eux et surtout, qui ne voulait pas que l’on reste deux mois en Haïti. On précise que trois de nos oncles et tantes qui habitent en France et aux Etats-Unis, sont arrivés avant nous, afin de passer les fêtes de Noël au pays. Ils prévoyaient de repartir fin janvier, alors que nous, comptions rester jusque début mars. Même si la crainte de la famille était compréhensible (et nous la prenions très au sérieux), nous lui avons fermement fait entendre nos choix. Hors de question de rester sur place, confinées à la maison, à manger (des plats très très très bons!). On comptait bel et bien bouger à travers le pays.

Second obstacle : le déplacement dans la ville.

On ne se promène pas aisément dans les rues de Port-au-Prince, car il est difficile et dangereux de déambuler dans une ville comme celle-ci. On nous l’a dit et répété : la capitale est dangereuse, les voleurs et les kidnappeurs sévissent, il est quasiment impossible de se rendre à un guichet automatique retirer de l’argent, en raison du risque apparemment très élevé de se faire voler ou tuer, il est risqué de marcher ou de s’attarder dehors. (Et pourtant nous avons dérogé à tous ces avertissements…)

On nous a donc interdit de « driver » (un mot créole qui signifie traîner, vagabonder quelque part). Par ailleurs, à notre arrivée, le contexte politique était tendu. De nombreuses manifestations contre l’ancien gouvernement inexistant et le président Michel Martelly, se tenaient dans le centre-ville, les chauffeurs réclamaient la baisse du prix du gaz, les étudiants protestaient contre l’absence de leurs professeurs en grève, car non payés…

Un tap tap
Un bon vieux tap tap !

D’autre part, se déplacer à PAP lorsqu’on ne dispose pas d’un moyen de transport adéquat et sécurisé relève souvent d’une véritable expédition. En l’occurrence, si on ne possède pas une voiture privée, on doit se contenter des transports « publics », entendons là, ceux utilisés par une grande majorité d’Haïtiens, pour se rendre au travail, à l’école, à l’église… Donc, tout au long de cette aventure, les taps-taps ont été nos grands amis, parfois nos meilleurs ennemis. Oui ! C’était réjouissant de prendre ces petites camionnettes à l’intérieur desquelles se jouent la vraie vie haïtienne. On assistait parfois à des petites scènes de dispute entre deux inconnus (souvent pour des choses insignifiantes, quelquefois à propos de la vie politique en Haïti) qui s’échangeaient en créole des répliques cinglantes et drôles. Souvent, des passagers venaient ajouter leur grain de sel dans la conversation, et parlaient aussi fort que les principaux concernés. Le parler haïtien est ainsi, c’est à celui qui saura le mieux se mettre en scène, ou se faire entendre par les gestes. Et au final pendant ces moments, nous ne faisions que rire, rire, rire.

Autre anecdote. A la station Portail-Léogane, (là d’où partent les autobus, camionnettes et autres véhicules pour se rendre en province ou hors de la ville) coincées dans le pap padap qui allait nous emmener dans le sud du pays, aux Cayes, on a participé non sans plaisir à la réprimande collective contre notre conducteur. Il était 8h du matin, il faisait très chaud, nous étions 16 personnes, et cela faisait plus d’une demi-heure qu’on attendait que le chauffeur se décide à prendre le volant. Tout le monde évidemment, avait déjà réglé les 70 dollars haïtiens pour le trajet. Une femme lança le début des hostilités :

– « An alé chofè, ki sa wap tan? Machine la plin! » On y va, chauffeur, qu’est-ce que tu attends? La voiture est déjà pleine de monde!

– « M konen ke mwen pap doué antré nan machine sa! » Je savais que je n’aurai pas dû entrer dans cette voiture, souffla un homme fluet, assis à nos côtés.

– « Chofè sa enragé bon dié! C mouri li vlé nou mouri chalè sou li la! » Ce chauffeur est enragé, il veut qu’on meure de chaleur ou quoi !

– « Mésanmi, bouda mwen fè m mal« , s’exclama Guileinne (oui, la nôtre ! ) Mon dieu, mon pauvre fessier !

J’étais assise au dernier rang, sur un bout de banc en bois planqué entre deux sièges. Le chauffeur m’avait plaquée là, histoire de se faire un peu plus d’argent en gagnant plus de places.

Lorsque le conducteur se décide enfin à partir (après avoir fourgué dans la camionnette deux autres personnes bien que nous étions déjà plus qu’au complet), quelques passagers se mettent à le vilipender à nouveau :

– « Sé ti blan ou tap tan dépi tan dat sa ! » Alors, c’est ce Blanc que tu attendais pour nous faire partir ! (ce  » ti blanc » en question était un homme blanc à la peau halée, qui parlait espagnol, arrivé in extremis dans le pap padap)

– « Chofè mété misik nan ! » Chauffeur, mets de la musique !

Et musique, il n’y avait pas…

– « Gadé an bagay, pas gen radio nan machine la ! Ki pwoblem chofè sa! Quoi ? » Tu n’as pas de musique dans ta voiture ! C’est quoi ce chauffeur en carton !

D’autres péripéties directement liées à notre cher chauffeur ont égayé notre parcours. Juste à la sortie de Port-au-Prince, non loin de la commune de Carrefour, des policiers ont fait arrêter la voiture puis fait descendre le chauffeur. Après quelques minutes de pourparlers, il est revenu en secouant la tête et nous a annoncé qu’on lui avait pris son permis de conduire.

« Yo pran lisans ou ! Hoho, gen lè nou pap rivé aux Cayes jodi a ! » Ils ont pris ton permis ! Oh ! Et bien, on n’arrivera jamais aux Cayes alors…

Au bout du compte, nous y sommes arrivées. On vous racontera nos aventures aux Cayes, un peu plus tard. Pour l’instant, revenons à nos moutons : cette vie haïtienne trépidante dans les taps-taps.

PAP rue

On y apprend aussi beaucoup sur le fonctionnement de la société et ses humeurs. C’est dans ces voitures qu’on a par exemple, pris connaissance de Shalom, une église protestante à PAP, créée juste après le séisme du 12 janvier 2010, par un jeune pasteur du nom d’André Muscadin et qui fait un carton. L’église possède une radio et une télévision influentes, accessibles également pour les Haïtiens installés au Canada et aux Etats-Unis.

A Shalom, les fidèles font part de leurs problèmes quotidiens (maladies, pauvreté, malheur en amour etc) de manière très théâtrale, et prient pour que leurs maux disparaissent grâce aux miracles accomplis par « Le sang de Jésus ». Dans les taps-taps, le nom de cette église était dans toutes les bouches ! On en parlait d’ailleurs, surtout en mal et de manière ironique. Certains pestaient contre le pasteur, qui demanderait aux Haïtiens une participation non plus en gourdes (monnaie locale) mais en dollars américains. Dans ces véhicules, on a aussi appris à ne pas se faire avoir. On observait attentivement le montant donné par les autres passagers avant de payer nous-mêmes. Avec notre allure de « dyaspora » ou de « moun lotbo »  (il paraît que les Haïtiens de l’étranger sont même reconnaissables à leur manière de marcher) certains chauffeurs se doutaient que nous étions des « étrangères » et nous faisait payer plus cher.

 

Une ville debout

Un cireur de chaussures au Champ de Mars
Un cireur de chaussures au Champ de Mars

On ne savait pas à quoi s’attendre en atterrissant dans cette capitale en partie détruite par le séisme du 12 janvier. On entendait et lisait dans les infos des témoignages d’Haïtiens vivant encore dans des tentes, en attente d’un logement. Nos souvenirs des rues et des lieux restaient assez flous, à l’exception du palais présidentiel. De plus, une grande partie de notre famille vivant au coeur de la capitale avait été épargnée par la catastrophe. Donc, on ne peut pas dire que nous nous soyons préparées psychologiquement à un choc Avant/Après séisme.

Pour nous, comme Paris ou New-York, Port-au-Prince est une grande ville où le temps s’embarque à bout de bras. Tout va très vite. Certes, Haïti serait le pays le plus pauvre des Amériques, comme on l’entend partout, mais il grouille d’âmes travailleuses, de fiels corps dormant debout. Là bas aussi, le temps c’est de l’argent. Dès l’aube, l’énergie haïtienne est à son comble. On a pu l’observer plusieurs fois en accompagnant notre oncle, bouquiniste, au travail ou lorsqu’on se levait très tôt pour aller en province mais aussi la fois, où nous avons participé à une lessive collective organisée par l’église fréquentée par notre tante.

marche au fer
Au marché au fer

Tous les jours, le marché vit. A 7h, dans le centre-ville, les étals sont déjà disposés, les vendeurs ambulants de café et de chocolats chauds interpellent les quelques passants, de frêles jeunes femmes s’affairent au ramassage des bouteilles en plastique qu’elles transportent dans d’énormes sacs de riz. A Croix-des-Bossales, l’un des plus grands marchés de PAP, les marchandes de légumes et de poissons négocient avec vigueur le prix de leurs produits, on charge et décharge les camions, on empile des montagnes de vêtements importés, au devant de la route, et tout cela sous une chaleur extrême. Une fois, on y a effectué des courses express, et on a été très impressionnées par le lieu, effrayant de monde. Ce marché gigantesque borde une route principale, où les véhicules qui l’empruntent passent tout près du Parlement et du Port. Inutile de vous préciser, que par ici, les blocus sont courants.

Le fameux marché au fer
Le fameux marché au fer

Laissez-nous vous parler également de cette vieille femme, aperçue à Pétionville, aux abords du marché qui s’installait alors. Elle se déplacait très lentement et portait un gros panier sur la tête où se trouvait sa marchandise, des papitas. Ce qui clochait dans cette image, c’était non seulement la lenteur de cette femme qui contrastait avec le décor alentour : les parents couraient avec leurs enfants pour attraper un autobus, les voix des fidèles ayant prié toute la nuit formait un brouhaha qui se mêlait aux bruits des klaxons et aux cris répétés des marchands poussant leurs brouettes; mais aussi cette chose lui permettant de marcher pour gagner sa vie, un déambulateur. En y songeant maintenant, cette femme qui nous avait marquées, c’est l’Haïti boitante mais toujours debout. Parenthèse : on n’évoque pas ici cette « Haïti résiliente », comme les médias aiment la peindre, faisant penser que la misère est un trophée, que le peuple haïtien peut tout supporter. La pauvreté haïtienne n’est pas un mythe qu’on doit ériger en symbole. Cette vieille femme déambulant tant bien que mal dans les rues de Port-au-Prince est réelle. Elle existe. Et on peut la croiser à Paris, à Londres, à Montréal, à New-York… Fin de la parenthèse.

lessive La Plaine
Lessive à La Plaine…

 

« Amériken pran péyi a »

Place Boyer helicoptereL’autre aspect d’Haïti dont nous aimerions parler dans cette première partie, est sa lente transformation en un « espace gardé » américain. C’est notre impression. Ce qui frappe directement est la présence des casques bleus, les soldats de la Minustah, installés dans le pays depuis 2004. Ils circulent à Port-au-Prince à bord de leurs 4×4 ou de leur camions semblables à des tanks. Ils sont surtout visibles dans le centre-ville, aux places stratégiques et dans des lieux où l’insécurité est importante. En allant au Cap-Haïtien, dans le nord, nous sommes passées devant le plus grand bidonville d’Haïti, Cité-Soleil, situé à l’extrémité de la ville. On a pu apercevoir une niche de casque bleus montant la garde devant le commissariat.

 

Des enfants dans le supermarche
Des enfants dans le supermarché

Au supermarché Delimart, dans le quartier de Delmas, on a pu remarquer que la majorité des articles (nourriture, produits ménagers, esthétique) étaient importés des Etats-Unis. On y a trouvé peu de produits locaux. On se croirait vraiment dans un commerce typiquement américain avec les friandises ou chips de marque amassés devant les caisses. Celles-ci ont d’ailleurs un fonctionnement made in US : au moment de payer, un employé du supermarché range les articles dans des sacs. Tout est fait pour attirer la clientèle étrangère que nous sommes, afin qu’elle se sente comme à la maison. On devine bien que ce ne sont pas les Haïtiens modestes qui fréquentent habituellement ces lieux, tant les prix des produits sont exorbitants. La présence étrangère, surtout américaine, semble mal perçue par certains Haïtiens. Dans les taps-taps, quelques uns en parlaient de manière péjorative.

Jus Tampico
40 dollars haïtiens le Tampico…

Dès qu’il était question de politique à la radio (allumée à fond), le mot américain ressortait forcément. « Amériken yo ceci, Amériken yo cela », Amériken ap pran péyi a » (les Américains ceux ci, les Américains cela, les Américains nous ont envahi). Un jour, alors qu’on se rendait dans le quartier Place Cazeaux, notre tap-tap est resté immobilisé pendant quelques minutes car des journalistes réalisaient vraisemblablement un reportage sur les cinq ans du séisme. De la voiture, on voyait le dos de la journaliste qui filmait les tentes alentours. Elle se trouvait au milieu de la rue et on pouvait aussi apercevoir le présentateur, interviewer un Haïtien. A l’extérieur, un homme qui sans doute observait la scène, a hurlé au chauffeur « Krazé yo nan »! (Ecrase -les !) Le ton était à la rigolade bien sûr, mais la suggestion a été répétée plusieurs fois. Nous ne savons pas si ces journalistes étaient américains mais la voiture blanche (garée au bord de la route) avec laquelle ils se déplaçaient portait, en gros, l’inscription UN (Nations Unies).

Sur le toit d’un bidonville…

Peut-être que nous tirons des conclusions hâtives ou que nos impressions sont fausses mais il y a tout de même une réelle tension, voire une crainte, en partie dûes à la présence de la Minustah et plus largement des Américains. Et pour cause, celle-ci fait sans doute ressurgir de vieux fantômes : de 1915 à 1934, ils ont occupé Haïti. Leur visibilité accrue est-elle vécue comme une seconde occupation? Le chauffeur de taxi-moto qui nous a conduit dans la ville de Port-Salut, aux Cayes a fait part de sa frustration : il regrettait que les Haïtiens ne puissent jouir de la beauté du pays, se baigner dans de belles plages comme les Américains pouvaient le faire. Pour nous qui avons visité un bout d’Haïti, et qui avons profité de ses belles plages, les seuls Haïtiens en vacances que nous croisions étaient soit, de la diaspora, soit faisaient partie des mieux lotis de la société. Si Haïti peut susciter de la peur, qu’en est-il de la peur des Haïtiens vivant dans le pays?

Place Cazeaux

 

Et voilà la galerie de toutes les photos :

10 réponses

  1. Graziella
    | Répondre

    Quel plaisir de lire le récit de votre périple là-bas! J’ai hâte d’en entendre des morceaux de vive voix :) A très vite

  2. Venia
    | Répondre

    J’ai adorée. Les photos me rendent nostalgique du pays …

  3. Marie France
    | Répondre

    Merci les jumelles vous m’avez fait voyage ! Très belle image de notre permis. Merci beaucoup

  4. Bébé Sabine
    | Répondre

    J’ai Adorée! Bravo les filles!

  5. Clement
    | Répondre

    Merci pour ce beau morceau de Voyage en Haïti!

  6. Uso
    | Répondre

    C’est beau de parler ainsi de son pays en racontant avec honnêteté la réalité et relatant les faits avec le jargon utilisé par les siens. Ça me donne envie de visiter ce pays mais pardonnnnn ecoutez

  7. Mai Lan
    | Répondre

    C’est comme si on y était!
    J’ai beaucoup ri en lisant certaines anecdotes particulièrement savoureuses. Et le titre de votre article me parle : nous ne cessons de vivre une aventure ambiguë lorsqu’on revient dans son pays après avoir longtemps vécu à l’étranger. Ni tout à fait d’ici, pas de là bas pour autant. Etrangères-autochones, autochtones Mais ce étrangères, qui peut savoir ? Mais ce qui est beau c’est que vous avez dépassé ces contradictions pour vivre votre Haiti

  8. Mat
    | Répondre

    Super récit, mais y’a beaucoup de touristes qui vont à Haiti ?

  9. Yslande
    | Répondre

    Merci à tous pour vos commentaires et votre intérêt.
    Mat, je ne sais pas s’il y a « beaucoup » de touristes qui se rendent en Haïti, mais il y en a. Surtout des Américains et des Canadiens. On a aussi croisé des Italiens, des Belges. Certains viennent par leurs propres moyens, d’autres viennent avec des ONG ou des assoc, des églises. Le tourisme en Haïti n’est pas comparable au tourisme en Republique dominicaine, cela est certain (car la situation politique du pays suscite malheureusement beaucoup de peur. Ex : un groupe d’Allemands a annulé une réservation pour l’hôtel dans lequel on a séjourné au Cap-Haïtien, une ville du nord, en raison de manifs qui se déroulaient dans la capitale… qui ne se situe pas dans le nord… ) mais les choses bougent. Il y a des tours proposés, des bus aménagés pour les touristes. Au niveau infrastructures, des choses ont été faites également, notamment la reconstruction des routes, et le nouvel aéroport au Cap-Haïtien Si tu as d’autres questions, n’hésite pas…

  10. caroline
    | Répondre

    Merci pour le partage de cet article !

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