Le Yunnan, ça vous gagne !

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Notre aventure au Yunnan a commencé par une bonne vieille galère de transports en commun. Une vraie, comme on les aime. De Chengdu, notre « camp de base » après la Corée du Nord, nous avons pris un train de nuit pour Xichang, dans le but de rejoindre le Lac Lugu en bus, à l’arrivée. Le lac Lugu se trouve justement à la frontière du Sichuan et du Yunnan. En altitude, il nous a été chaudement recommandé… Mais nous le ne verrons jamais. Voilà. Comme ça vous savez tout. Mais… Après cette petite mésaventure, on a vraiment profité de la région. Récit.

Un bus, la nuit, des montagnes…

Dans la nuit, notre train a pris plus de 2h de retard. Naturellement, notre bus est déjà parti. Pour arranger le tout, il pleut sur Xichang et sa gare ne nous dit rien qui vaille. Un peu paumés, je tente de me faire comprendre par une gentille hôtesse d’accueil. Je dessine un autobus, je montre une phrase ou deux que l’on nous avait écrit en chinois. Très vite, c’est l’attroupement : chacun a son mot à dire sur la meilleure façon de rejoindre le lac Lugu et Lijiang… Mais nous ne pouvons pas profiter de toutes ces bonnes idées parce que nous ne comprenons pas la langue. Heureusement, un petit monsieur parle un peu anglais et nous envoie vers la gare routière. On comprend vite que pour le lac Lugu, c’est grillé, et qu’il va falloir changer notre fusil d’épaule. Epaules sur lesquelles nos sacs commencent à peser, tout doucement… Pour que ce soit encore plus drôle, je suis bien enrhumée depuis la veille et je ponctue chaque phrase d’un éternuement. A la gare routière, on tente notre chance ici ou là et c’est reparti, tout le monde cherche le meilleur itinéraire ou le meilleur bus pour nous envoyer à l’autre bout de la province. Et on n’y pige rien. Bon. Comme le temps passe, nous décidons d’aller à Kunming, la seule ville que nous connaissons sur le tableau d’affichage. Le bus part dans 4 heures, il dure 8 heures, nous devons donc arriver à 23h dans la capitale du Yunnan. Et ensuite, on avisera.

Dans la salle d’attente, on essaye d’appeler des auberges de jeunesse. Impossible, même avec le téléphone du point d’information. La bonne âme du jour est une très gentille hôtesse qui prend le temps de nous transcrire nos adresses en chinois : c’est au moins ça de gagné pour quand on arrivera, dans la nuit, à Kunming.
Ce qui est rigolo, dans cette gare, c’est que quatre grands écrans diffusent un soap opéra chinois à plein volume alors qu’un seul écran est dédié au planning des bus. Enfin, l’heure du départ arrive. Mais le bus n’est pas là. Bon. Naivement, on attend. Comme on est les seuls occidentaux, on nous garde à l’oeil et on viendra nous sonner quand il s’agira de partir. Ce moment arrive 40 minutes plus tard, et c’est parti pour un – long – périple à bord d’un bus qui klaxonne une dizaine de fois à chaque fois qu’il double. Heureusement, les paysages sont très beaux, c’est un plaisir de voir le soleil se coucher dans les montagnes. La nuit tombe, le bus s’arrête dans une sorte de gargote où certains dinent pendant que le chauffeur… se lance dans une sorte de loterie bizarre. On se sent comme dans un film et on n’a qu’une envie : arriver ! Mais le chauffeur est dangereux. Il roule vite et double à tout bout de champ, alors que nous sommes en montagne, en pleine nuit. Sur cette même route, nous avons vu deux accidents très graves, sans doute mortels. Vraiment pas chouette, comme moment. Heureusement, nous arrivons sains et saufs, et après s’être complaisamment fait arnaquer par un taxi, nous trouvons une auberge qui a de la place pour nous. Peu enchantés par Kunming, on décide de prendre un bus pour Dali dès le lendemain…

Dali à vélo

Pas peu fiers d’avoir réussi à trouver un sombre bus urbain (en général on les évite, parce que tout est en chinois, et on préfère le métro, mais bon… ) on arrive dans la vieille ville de Dali pile quand le vent se lève, et l’ambiance nous plait tout de suite même si les ruelles piétonnes débordent de boutiques de souvenirs et de touristes flashys. C’est agréable de savoir qu’on va se poser deux jours ici… Le soir, on dévore des dumpings délicieux (oui, on sait que c’est pékinois, mais bon, à 60 centimes les 12… ) et on se balade dans la vieille cité, sous une pleine lune dodue et orange. Plein de petits vendeurs proposent ces grosses mûres qui poussent sur un arbre (je ne sais pas le nom en français, mais certains comprendront le mot « toutt »), j’en meurs d’envie mais je résiste (à cause des risques liés à l’eau). La vieille ville est entourée de plusieurs grandes portes, majestueuses et bien mises en lumière.
Le lendemain, nous louons deux vélos pour partir à l’aventure au bord du lac Erhai, tout près. Long de 80 km, en forme « d’oreille », ce lac magnifique est le berceau de l’ethnie Bai, installée là depuis trois millénaires, parait-il. Une flopée de petits villages se succèdent sur son bord. Les cyclistes aguerris se lanceraient sans sourciller dans un tour complet du lac, mais nous nous contentons d’un aller-retour de 4 heures environ sur la côte ouest. L’un des villages est très développé et assailli de touristes, mais les autres, en réalité, ne comptent parfois même pas une épicerie où trouver de l’eau. L’après-midi, les rues sont vides. C’est parce que les champs, eux, sont pleins de monde. Très vertes, très fertiles, les côtes du lac sont entièrement vouées à l’agriculture. Le jour où nous passons, on récolte des pois. Ca travaille dur, mais certains se permettent un petit coucou, et il faut dire qu’on a jamais autant dit « Nihao » (bonjour) en une journée jusqu’ici. Il y a des figuiers, des pêchers, des pommiers, des cerisiers, des pois, des haricots, du blé qui commence à jaunir, une infinité d’oignons aux longues tiges vertes (certains, d’ailleurs, poussent dans les bords marécageux du lac).

Enfin, nous retrouvons la campagne, et depuis la Mongolie, ça nous avait beaucoup manqué. Le temps est superbe, nous nous payons au passage nos premiers coups de soleil mais nous n’avons pas trop chaud, nous sommes quand même à 2000 mètres…
A Dali, nous avons vraiment eu l’impression de plonger dans une Chine riche, rafraichissante, simple et accueillante. Le Yunnan dans toute sa splendeur. Les bords du lac nous laisseront sans doute un souvenir plus vif que la ville, déjà très jolie. On vous le conseille.
Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’avenir de la région. Sur tout notre trajet, nous avons été frappés par l’ampleur des constructions en cours. Des bâtiments poussent partout. Et ça bosse. Des femmes, des hommes, s’affairent sur tous les chantiers. C’est un peu comme le début de la fin, pour ces villages tranquilles où l’on ne circule qu’à pied ou en deux roues. Combien de temps les champs de petits pois résisteront-ils aux villas avec vue sur le lac ?

Et là, nous sommes à Lijiang, qui, dans un style tout de même différent de Dali, est également l’une de ces villes dont le centre a été préservé et touristifié. Mais il est facile d’en sortir et de se retrouver à l’air pur : aujourd’hui, nous avons fait une petite randonnée autour des gorges du Saut du Tigre, tout simplement vertigineux ! Demain, nous prenons un train de nuit pour Kunming (pas question de reprendre le bus) avant d’enchainer sur un trajet d’une vingtaine d’heures vers Hanoi. Ca va rouler !

5 réponses

  1. Anonyme
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    Courage Sarah et Manu, et tu peux faire confiance aux chauffeurs des bus, crois moi ! hahahaha

  2. Cindy
    | Répondre

    Suis amoureuse de la première photo de l’article !!! :)
    Trop belle ! Des bisous.

  3. […] :  25 jours. Trajet : Beijing, Suzhou, Shanghaï, Chengdu, Kunming, Dali, Lijiang, Hekou. Transports : trains, bus, métros, taxis, vélos. 10 à […]

  4. Cynthia
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    Trop marrante votre histoire avec le transport en commun ! Mais quand même « tout est bien qui finit bien » comme on dit parce que vous avez pu rattraper ce léger désagrément, et l’aventure vous a plu ! Quand on a préparé notre voyage au Yunnan, on a pris le temps de nous renseigner parce qu’on a entendu parler de ce petit problème de transport. On a donc décidé de prendre un guide même si ça nous a couté une petite fortune. Nous aussi nous sommes allé au lac Lugu et Lijiang. Ce qui m’a beaucoup plu c’était le contact avec les paysans, si sympathiques même si je ne comprenais pas leur langue. Leur sourire m’a suffit ! Trop chaleureux 

  5. […] Le lac Erhai (Chine) Accessible depuis la ville de Dali, dans le Yunnan, on se promène le long du beau lac Ehrai, bleu et limpide, à pied ou à vélo. On a aussi vite fait de se perdre dans les champs autour pour épier les paysans qui travaillent. […]

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