Lecture : Voyager en Laponie… en 1681

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Oui, je chronique des livres de bibliothèque… Et alors ? #blogueusezerobudget

L’envie me titillait de publier un dernier article en 2014, alors voici une petite chronique de lecture rigolote. Il y a quelques mois, je vous proposais de découvrir la biographie de Magellan par Stefan Zweig. Aujourd’hui c’est aussi un récit de voyage, dans l’espace et dans le temps, que je vous propose : il s’agit de « Voyage en Laponie », de Jean-François Regnard. 

C’est par hasard que, à la bibliothèque, je suis tombée sur ce petit bouquin discret. Mon regard a accroché le mot Laponie : depuis un moment, j’ai envie d’aller me perdre en Europe du Nord, et les images d’aurores boréales qui sont partagées un peu partout sur les Internets en ces temps hivernaux ne m’aident pas. A ce propos, si vous aussi, vous avez envie de mettre moufles, cache-oreilles et grosses chaussettes pour vos prochaines vacances, offrez-vous donc un clic ou deux du côté de la Team Givrés.

Revenons à nos moutons à nos rennes. Confiante, j’ajoute « Voyage en Laponie » de Jean-François Regnard au tas de trouvailles faites à la bibliothèque. D’ailleurs, comme je suis très gentille (et que ce texte est très vieux) je vous ai dégoté la version numérique, légale et gratuite (bah oui… Depuis 1681, les droits sont périmés) que vous pourrez trouver ici.

Alors, qui est Jean-François Regnard ? Je ne sais pas, comme vous. J’ai lu sa page Wikipédia, j’ai souri en découvrant sa tignasse façon Louis XIV, j’ai appris que ce cher monsieur était un dramaturge et poète qui a bien roulé sa bosse. Un riche backpacker du 17e siècle, en quelque sorte.

L’ancêtre des blogueurs voyage ? 

Le voyage de Regnard et ses deux accompagnateurs commence en juillet 1681, à Stockholm. Occupé à la cour du Roi, l’auteur semble expliquer qu’il décide sur un coup de tête d’aller à la rencontre des Lapons qui vivent au nord de la Suède et de la Finlande. Il part donc en bateau, avec un petit équipage, jusqu’à Tornio, en Finlande. De là, il rejoindra Torneträsk, en Suède, puis Köngäs, en Finlande, avant de redescendre à Stockholm par la Suède.

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Les illustrations ne sont pas vraiment à l’avantage des Lapons…

En chemin, il décrit tout, à la façon d’un journal. Les gens qu’il croise, ce qu’il mange, les animaux qu’il voit. Parfois, certains passages sont longs parce qu’il décrit les animaux en long et en large, par exemple, mais les scènes de vie sont très agréables et l’auteur est souvent rigolo. Même si le texte est vieux, tout se lit très bien, et le livre n’est pas long à lire. Tout au long du récit, il parle du quotidien des Lapons qu’il rencontre, de leur caractère, leurs habitudes. Il détaille le déroulement de son voyage, aussi : cette fois où, en quittant Stockholm, un vent miraculeux les fait avancer très vite vers la Finlande, et toute l’équipe est joyeuse de gagner du temps. Ca vaut toutes les chroniques sur les bus asiatiques du monde ! Et puis j’ai particulièrement ri quand l’auteur raconte qu’un jour, il a perdu le contrôle du feu de leur campement, provoquant alors un énorme feu de forêt, décimant toute une partie du bois. Directement, j’ai pensé « ah bah bravo les touristes inconscients » en souriant.

Des anecdotes quotidiennes qui cachent une vraie réflexion sur le voyage 

Ce qui me plaît, dans la lecture d’un tel texte, c’est le décalage (ou pas) avec notre époque actuelle. Le fait que Regnard se lance dans un tel voyage, lui qui a déjà une bonne expérience de roulage de bosse, comme on le fait aujourd’hui, vraiment exactement pareil, même si plus de 300 ans se sont écoulés.

Certaines phrases de Regnard pourraient encore être prononcées aujourd’hui, avec un vocabulaire peut-être un peu adapté. La première, d’ailleurs, m’est restée dans la tête : « Les voyages ont leurs travaux comme leurs plaisirs; mais les fatigues qui se trouvent dans cet exercice, loin de nous rebuter, accroissent ordinairement l’envie de voyager. Cette passion, irritée par les peines, nous engage insensiblement à aller plus loin que nous ne voudrions : et l’on sort souvent de chez soi pour n’aller qu’en Hollande, qu’on se trouve, je ne sais comment, jusqu’au bout du monde « . Il est rock’n’roll, Jean-François ! Malgré les galères, impossible de s’arrêter de voyager quand on a commencé…

Et puis celle-ci, citée d’un autre ouvrage, fait également mouche. Je vous laisse la savourer :)

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Une distance à prendre avec le récit de voyage 

Naturellement, on ne peut pas lire un tel texte sans en retirer plusieurs critiques.  En lisant la préface, on apprend que Regnard s’est beaucoup inspiré des travaux d’un chercheur pour en extraire des anecdotes et les mêler à ses propres observations. Du coup, on ne sait plus ce qui a été vraiment vu par le voyageur, et ce qu’il a simplement recopié. Pas cool, JF, pas cool ! Par ailleurs (et on le sent même si on se passe de la préface) Regnard prend plaisir à colporter des rumeurs infondées : celle, par exemple, de l’habitude des Lapons à proposer leurs femmes à tout étranger qui viendrait demander un abri. C’est une rumeur qui se trouve dans plusieurs textes, qui concernent plusieurs parties du monde. L’auteur cède alors et en rajoute une couche. Par ailleurs, il n’hésite pas à comparer les Lapons à des singes et à émettre des jugements : il affirme sans ciller que les Lapons sont paresseux, faibles, tricheurs… Il faut donc garder tout cela en tête quand on lit le récit global du voyage. Naturellement, ça n’enlève rien aux autres observations faites sur ce qu’il croise : les habitudes alimentaires, les techniques de chasse…

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Cela dit, la véracité de son voyage est prouvée : Regnard et ses compagnons ont laissé plusieurs messages en latin gravés sur leur route, et ceux-ci ont été retrouvés par d’autres, après eux. Et ça, c’est quand même la classe !

Voilà donc un petit ouvrage sympa et gratuit qui vous fera sourire si vous aimez les récits du genre et si vous vous intéressez au nord de l’Europe !

J’en profite enfin pour vous remercier, vous qui passez de temps en temps jeter un oeil, qui commentez, qui nous encouragez. On vous souhaite, du fond du coeur, une merveilleuse glissade vers la nouvelle année…

Une réponse

  1. Violaine Malie
    | Répondre

    Merci pour ce joli billet et cette belle trouvaille Sarah!
    Je m’empresse de cliquer sur la version numérique, je vais lire ca! :D
    Bonne journée! Biz ;)

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