Oxford : comment je me suis retrouvée à la messe, sans le savoir…

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Parmi les escales en Angleterre choisies lors de mon voyage en InterRail, Oxford avait trouvé sa place, entre Reading et York. En deux jours, je me suis laissée envoûter par le charme automnal de cette ville universitaire. Un soir, par hasard, je me suis même retrouvée en plein dans une messe, donnée dans une petite chapelle.

J’aurais pu écrire cette petite chronique anglaise bien plus tôt… Mais comme toujours, les choses tardent. Et puis, il y a quelques jours, j’ai rencontré, dans un train, un Anglais originaire d’Oxford. Il avait quitté l’Angleterre 12 ans plus tôt pour l’Allemagne… Et ne le regrettait pas. Alors que j’avais eu l’impression de voir une jolie petite ville calme, où tout le monde semblait très – voire trop – parfait, lui considérait Oxford comme une ville morne et dangereuse. « Personne ne me croit, quand je l’explique », rigolait-il. Nous avons tout de même convenu que le centre-ville était une étape intéressante quand on visite le pays.

Bien sûr que c’est joli, Oxford. Le train s’arrête près du centre-ville. Qui peut résister à cette allure « cercle des poètes disparus », aux vieilles pierres, aux petits ponts mignons, aux pubs pris dans les toiles d’araignée ? Et puis à Oxford, on peut tout faire à pied. Ou alors à vélo, comme les bataillons d’étudiants qui circulent un peu partout. C’est agréable, en plus, cette ambiance un peu jeune, mixée avec les quelques touristes plus âgés qui se sont risqués dehors en cette fin octobre. Je n’ai pas de plans, je n’ai (ça arrive) rencontré personne dans mon dortoir pour l’instant, et je pars d’un pas léger pour faire un tour de la ville, à la fin de la journée. Le ciel est rose, les derniers rayons de soleil lèchent les murs ocre et gris des collèges élégants. J’aime bien. Il ne fait presque pas froid. Sans prétention, cette première soirée se soldera par de jolies rencontres : celle de deux chefs restaurateurs, amis de longue date, qui viennent de se retrouver en ville parce qu’ils sont sur le point d’ouvrir un nouveau restaurant de haute voltige dans la campagne, façon Downton Abbey, et celle d’un groupe d’étudiants qui vit à Oxford depuis quelques mois pour apprendre l’anglais. Il y a des Suisses, des Espagnols, des Allemands… Et deux Libyens. Ce sont les premiers que je rencontre !

La visite des collèges 

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Levée de bonne heure le lendemain, je me concocte une visite des collèges du centre-ville, à commencer par le célèbre Christchurch (les autres établissements ont des horaires très variables, j’ai donc choisi de commencer par celui qui était tout le temps ouvert). Et puis je savais qu’on pouvait y voir un portrait de Lewis Carroll, Charles Lutwidge Dodgson, ça me semblait être une bonne idée de petite chose à chercher. Il y a tellement de portraits que j’ai eu du mal à le trouver, le Charles, et d’ailleurs, rien n’indique qu’il est l’illustre auteur d’Alice au Pays des Merveilles…

Coucou Lewis !
Coucou Lewis !

Encore peu rempli en ce matin de semaine, le collège est calme et ensoleillé. J’ai tout de même regretté que juste une petite partie soit visitable, mais on peut aisément le comprendre : ça reste un lieu d’enseignement, il ne faudrait pas que les visiteurs dérangent sans cesse les cours donnés dans les bâtiments… Ca doit déjà être assez lourd comme ça. L’intérêt de ce collège, surtout si on ne veut pas payer le ticket d’entrée, c’est la prairie qui lui fait face, et les terrains de sports alentour. L’ambiance est vraiment particulière et douce. Par la suite, j’ai simplement poussé les portes un peu au hasard pour pouvoir entrer ici ou là. Les petits collèges sont bien sûr plus accessibles et moins chers… Le rêve aurait été de sympathiser avec un groupe d’étudiants pour venir en cours avec eux, mais il faut avoir de la chance !

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Le plus doux des chocolats chauds 

Allez, une petite adresse découverte par hasard, celle du St Giles’ Café. C’est un tout petit café, avec quelques tables en bois et des meubles peints en marron et bleu clair. Quelques guirlandes décorent simplement le lieu, tout est serein. Je m’y assois pour boire un chocolat chaud et prendre quelques notes. C’est marrant, le café où Tolkien aurait eu ses habitudes est à peine quelques portes à côté mais je ne l’ai même pas remarqué. Le St Giles’, lui, a tout de suite attiré mon regard… Le chocolat était vraiment délicieux, pour une pause en pleine après-midi, c’était parfait.

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Un peu plus tôt dans la journée, j’avais noté une petite affiche devant le Worcester College : « 17h30, Evensong ». Je me dis « tiens, chouette, une chorale, ça peut être rigolo ». Je demande au gardien si le « concert » est ouvert à tous, il me regarde bizarrement mais acquiesce… Je reviendrai donc plus tard.

Une messe anglicane au coeur d’un collège 

17h15. Je me pointe à nouveau au Worcester College pour assister à ce que je pensais être une petite chorale d’étudiants. Le gardien m’indique le fond de la cour, j’en profite pour passer aux toilettes, je suis ensuite un groupe d’étudiants et je finis par me perdre. Je demande donc mon chemin à un monsieur fort sympathique qui m’explique qu’il faut en fait que je me rende dans la chapelle, et il propose de m’accompagner. En chemin, je lui raconte que je suis Française et que je trouvais ça rigolo d’assister à une chorale d’étudiants.

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J’entre alors dans un monument religieux tout nouveau pour moi. Il n’y a pas vraiment d’autel, l’orgue est juste à côté de la porte et les banquettes sont disposées en cercle autour d’un couloir central, de sorte que tous les occupants de la pièce sont en fait dos aux murs. Oui mais, pour l’instant, je suis toute seule avec deux jeunes en habits d’église. Je ne me sens vraiment pas à ma place, entre l’orgue et les grandes bougies, mais une jeune fille m’invite à m’assoir « n’importe où, tant qu’il n’y a pas de cahier ouvert sur la table ». Ok. En attendant que quelque chose se passe, je fais quelques photo du décor. C’est vraiment magnifique, et les détails sont vraiment rigolos. Il y’a plein de fruits, plein de petits animaux… Je ne connais pas grand chose à la religion anglicane, mais vraiment, cette petite chapelle me plaît beaucoup. Soudain, le monsieur qui m’a aidée plus tôt revient dans la chapelle… En fait, c’est carrément le prêtre ! Il est suivi des étudiants que je suivais, tous en robe blanche et noire. Je suis un peu angoissée : et s’ils remarquaient que je n’ai jamais assisté à une messe de ce genre ? Tranquillement, le prêtre prend la parole et m’indique que je peux suivre dans un petit livret posé près de moi. Je suis la seule « spectatrice », avec une vieille dame sur le banc opposé. La messe commence, et d’une seule voix, les étudiants commencent à chanter.

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C’est tellement inattendu que je suis estomaquée. Il m’a semblé que j’avais enregistré un petit bout de son, mais je suis aujourd’hui incapable de retrouver ce petit moment musical. Qu’importe : je me souviens, c’était très beau. On sent que le groupe chante souvent ensemble, ils se regardent, se sourient, se font plaisir. Je pense alors à tous les étudiants qui ont dû se succéder année après année, le jeudi soir, dans cette chapelle pour chanter ces chants-là. Peu à peu, je prends mes aises. Je suis docilement la dame en face de moi, qui se lève de temps en temps. A la sortie, le prêtre m’adresse à nouveau la parole, visiblement étonné de ma présence. Je lui explique que je suis simplement entrée par hasard et que j’espérais n’avoir dérangé personne, et il conclut en disant que c’est justement pour cela que cette messe existe.

Mais comment ai-je fait pour ne pas comprendre que j’allais.. à la messe ? Plus tard, je cherche la signification de ce que je prenais pour un nom de spectacle. « Evensong », en fait, ça veut dire « les vêpres ». Bon.

 

Sur ce, je vous laisse avec une petite galerie :

4 réponses

  1. Malicyel
    | Répondre

    Finalement c’était sympa comme méprise ! Je suis allée une fois à Oxford et j’avais beaucoup aimé… dans le genre ambiance campus j’avais aussi beaucoup aimé Trinity College à Dublin :)

  2. LadyMilonguera
    | Répondre

    C’est bien de se tromper et d’être surpris aussi agréablement… Très sympa ce petit passage à Oxford…

  3. natieak
    | Répondre

    Le moment fut merveilleux. C’est bien que tu ne t’en sois pas rendue compte, peut être que tu ne serais pas osée entrer sinon.

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Oui, heureusement, j’aurais peut-être changé d’avis par peur de déranger :)

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