Transsibérien, un siècle après Blaise

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Illustration réalisée à partir d’une photo de John Pannell (Creative Commons)

La première étape de notre voyage, c’est le Transsibérien. Début février, au plein coeur de l’hiver, il ne faudra pas oublier les gants. Ce train, en plus d’être un grand début, c’est un symbole important. Celui de l’échappée belle, de l’évasion, de la vadrouille.
Evoquer Blaise Cendrars, là, n’est pas d’une grande originalité. Encore moins son poème phare, La Prose du Transsibérien.
Ce poème, j’en ai lu les premiers mots sur les bancs de l’école. Mon recueil, « Du monde entier au coeur du monde » est tout griffonné à partir de la page 45. Etrangement, il est resté accroché quelque part. Malgré les déménagements, les mouvement, le livre a toujours été là, tout près.
Ca, c’était l’introduction.
Ensuite, vient un sacré hasard. En discutant du voyage, en feuilletant, encore, ces quelques pages, je tombe sur cette information : Cendrars a écrit son poème en début d’année 1913. Un siècle, pile poil, avant notre départ.
Un hasard bien trop beau pour le laisser filer… Je prépare à présent un reportage qui partirait de ce parallèle : Cendrars, dans La Prose du Transsibérien, décrit un voyage sonore et coloré, mais surtout, il parle des gens qu’il voit dans le train. Des commerçants, des colporteurs, des fous, des prostituées, des espérants. Et ça, ça inspire…

Allez, cadeau, un extrait.

Et pourtant, et pourtant

J’étais triste comme un enfant

Les rythmes du train

La moelle chemin-de-fer des psychiatres américains

Le bruit des portes des voix de essieux grinçants sur les rails congelés

Le ferlin d’or de mon avenir

Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d’à côté

L’épatante présence de Jeanne

L’homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et qui me regardait en passant

Froissis de femmes

Et le sifflement de la vapeur

Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel

Les vitres sont givrées

Pas de nature !

Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les grandes ombres des Taciturnes qui montent et qui descendent

Je suis couché dans un plaid

Bariolé

Comme ma vie

Et ma vie ne tient pas plus chaud que ce châle

Ecossais

Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur

N’est pas plus riche que ma vie

Ma pauvre vie

Ce châle

Effiloché sur des coffres d’or

Avec lesquels je roule

Que je rêve

Que je fume

Et la seule flamme de l’univers

Est une pauvre pensée…

4 réponses

  1. Arthur
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    Tu vas écrire de la journalopoésie ? :o

  2. longscourriers
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    Ah si tu as un contact dans un poéjournal j’en serai ravie ! ;)

    • arthurbayon
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      Je garde mes yeux ouverts. Si je trouve ça, tu seras la première avertie !

      • longscourriers
        | Répondre

        Si je sors un papier sur ce sujet… Je suis prête à jurer d’appeler mon premier fils Blaise :) (heu… )

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