Visiter Berlin par les gens plutôt que par les lieux

P1040052

Ce lundi matin, je viens de me souvenir que ce blog existe. La semaine dernière, si bouleversante, m’a déconnectée de la sphère voyage. Face au choc de l’attentat perpétré contre le siège de Charlie Hebdo, le journal satirique français, il n’y avait soudain plus de place pour la rêverie et l’évasion, juste pour la douleur, l’incompréhension, le stress. Comme beaucoup, j’ai perdu prise sur le temps. Mais cette semaine, il faut se relever, s’ébrouer.

Revenons à Berlin.

Premiers jours de l’année, froid sec, restes de neige et de pétards rouges sur les trottoirs. « Frohes Neues », dit-on pour faire court. « Tschüssie », entend-on : on peut donc trouver un mot encore plus mignon que « Tschüss » pour dire au revoir. Pour Manu tout comme pour moi, ces quatre jours à Berlin sont un retour en terre déjà un peu connue, où nous nous attachons à revoir des gens croisés ailleurs dans l’espace ou dans le temps. 

Dix ans avant… 

Dix ans plus tôt, Manu vivait à Berlin, dans une immense colocation de la Peterburgerstrasse, rue qui portait, il y a quelques années, le nom d’un dictateur russe. Dans ce coin de Berlin, beaucoup de façades ne sont pas encore passées sous le rouleau compresseur de la rénovation et quelques immeubles sont même abandonnés. Manu ne s’est pas occupé de prendre un rendez-vous avec ses anciens colocataires, dont deux vivent toujours dans le même logement. Mais il en est assez sûr : en toquant à la porte, il trouvera quelqu’un. Victoire. Tout le monde est là ou alors dans les parages, on s’étale dans les multiples canapés, Manu rit parce qu’il découvre une photo de lui, dix ans avant, punaisée sur un mur.

P1040109

Plus tôt, nous avions déjà vu l’un des anciens habitants de la  « WG » (colocation) qui vit à présent à Kreuzberg. Il nous a emmenés prendre un délicieux brunch puis un chocolat magique dans les cafés qu’il préfère, et dont je vous parlerai plus tard. Ici, Manu est comme un poisson dans l’eau. Il lâche l’anglais pour l’allemand dès qu’il en a l’occasion et son vocabulaire revient vite, très vite. Comme un symbole, c’est dans la colocation que nous terminerons notre virée allemande. L’occasion de s’amuser avec mon appareil à instantanés, pour que chacun ait un souvenir… Et de se prêter à une tradition allemande du Nouvel An : Bleigiessen. L’un après l’autre, nous prenons une cuiller que nous approchons de la flamme d’une bougie (non, rien à voir avec de la drogue). On dépose alors sur la cuiller un petit bout de plomb assez fin (ça s’achète partout en Allemagne à la fin de l’année), et on le laisse fondre. Quand il est bien liquide, au bout d’une minute, on verse d’un coup le métal fondu dans un bol d’eau froide, et on se penche pour regarder. Lentement, on récupère la forme solidifiée, et on dit le premier truc qui nous vient en tête : c’est une arme ! Un bouquet de fleurs ! Une salade ! La mienne, elle ressemblait à une sauterelle recroquevillée sur elle-même…. Ensuite, on consulte je ne sais quel site ou petit bouquin pour analyser le présage donné par le petit objet en métal. Toutes les interprétations sont permises, bien sûr ! Pour plus de détails, voilà un article sur le site de Karambolage, l’émission d’Arte.

photo
La photo est bien laide mais c’est juste pour vous donner une idée :)

Une hôte alsacienne 

C’est chez mon amie Aurélie que nous avons monté notre camp, entre le quartier de Mitte et de Prinzlauerberg. Même s’il nous a fallu attendre le dernier jour pour pouvoir papoter avec elle et son amoureux (la neige, la pluie et les vacanciers les avaient retenus sur les routes autrichiennes) c’était tellement agréable d’avoir un petit chez soi et de découvrir, en même temps, un nouveau quartier. A quelques pas, on est tombés sur le parc du « Mauerweg », la promenade du Mur. Plein de familles s’y baladent mais Manu se souvient : c’est là que, lors des manifestations, il a vu des groupements s’échauffer, se battre. Bouillonnante Berlin…

Aurélie, c’est sûr, donne envie de s’installer à Berlin. Je la connais depuis dix ans et j’aurais peut-être pu prédire qu’un jour, elle vivrait ici… Elle jongle constamment entre l’anglais, l’allemand et le français, au boulot comme à la maison. Elle regarde la série « Tatort » le dimanche, le film « Tea for two » avant Noël. Elle vit dans une capitale européenne sans se coltiner Paris, ses prix, sa densité. Elle est loin, mais elle est toute proche…

P1040142

Les liens de la route

Outre ces retrouvailles, nous avons aussi revu des gens rencontrés lors de notre année de voyage. Un petit mail hasardeux pour prévenir qu’on est dans les parages, un rendez-vous : nous voilà à nouveau avec Maxi et Fabian, un couple de Berlinois rencontrés… dans l’air moite de Puerto Maldonado au Pérou. Les revoilà emmitouflés à Berlin… et c’est juste comme si on les avait quittés la veille, franchement. Ca fait partie de la magie du voyage… La soirée passée avec eux file en un instant. Encore une fois, ils nous emmènent dans un bar qu’ils apprécient à Kreuzberg, et on se dit qu’on n’aurait jamais pu le trouver par hasard. Merci, les connaisseurs !

Nécessairement, on reparle de voyage. Eux pensent au Brésil, un pays qu’ils ont envie de découvrir depuis longtemps. C’est d’ailleurs drôle qu’on parle du Brésil puisque, quelques heures plus tôt, nous avons revu des Brésiliens que nous avions rencontré à Ouro Preto, dans le Minas Gerais. Là bas, nous étions tombés sur une adorable auberge de jeunesse, où nous avions rencontré une joyeuse troupe d’étudiants de Sao Paulo. Parmi eux, Felipe. On le distingue rapidement des autres puisqu’il porte… Un maillot de la Mannschaft, l’équipe nationale de football d’Allemagne. Il nous explique qu’il adore l’Allemagne, que sa femme a d’ailleurs de la famille là-bas et qu’il s’est passionné pour la langue. Ca plaît à Manu, qui, par la même occasion, s’est trouvé un collègue avec qui regarder quelques matchs. Durant ces soirées, Manu a d’ailleurs initié Felipe au football américain, et bien mal lui en a pris : le jeune Brésilien a lui aussi commencé à suivre le championnat, après notre départ ! « Plusieurs soirs, je t’ai détesté, tu sais », dit à Manu la femme de Felipe en rigolant, lorsque nous les voyons à Berlin.

P1040145
Niemandsland – No man’s land

Parce que justement, c’est un bel hasard : alors que nous sommes nous-mêmes à Berlin, je vois, sur les réseaux sociaux, que Felipe partage une photo de la porte de Brandebourg ! Je lui écris un petit email curieux en lui disant que nous sommes, nous aussi, dans la ville. Il nous donne alors un rendez-vous dans une immense gare (on s’en mordra les doigts) en précisant qu’il n’aura pas de moyen d’être contacté. Allons voir si cette magie du voyage marche encore…

Une fois à la gare, on constate que Felipe et sa femme ne sont pas au rendez-vous. On les attend durant une demi-heure, mais on se décide à repartir en se disant que parfois le hasard fait mieux les choses que les emails… On hésite sur l’entrée de U-Bahn à prendre, et là, juste avant l’escalator, voilà Felipe qui nous saute dans les bras ! Nous nous sommes rencontrés il y a un an et demi au Brésil, nous voilà dans nos grosses vestes en Allemagne, et tout baigne.

A Berlin, nous avons organisé notre temps plus en fonction des gens que des lieux. La visite était donc plus émotionnelle que culturelle et je crois que nous nous en souviendrons que mieux.

kgb
Les anciens locaux de la Stasi

6 réponses

  1. Guillaume
    | Répondre

    En plus de supporter l’OL, je découvre que Manu est germanisant. Que des qualités ;-)

    Sinon, tu as lu le livre « Cousins par alliance : Les Allemands en notre miroir » de Béatrice Durand ? Je te le conseille. Il est peut-être dur à trouver :-(
    il casse les mythes germanophobes de Montebourg et Chevenement.

    sympa la tradition du plomb fondu, je ne connaissais pas. Ce n’est pas toxique ? (vapeurs…).

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Héhé :) et il a des bateaux en Lego, je sais pas si ça pèse dans la balance… Je note la référence, je ne connaissais pas !
      Quant au plomb, je ne suis même pas sûre que ce soit du plomb, et je ne sais pas quels effets ça peut avoir sur la santé. Heureusement, c’est occasionnel :)

      • Guillaume
        | Répondre

        Effectivement, ça peut être de l’étain si je dis pas de connerie (comme les soudures à l’étain).

  2. natpiment
    | Répondre

    très très sympa ton article ! nous aussi , on se sent comme des voisins rencontrés et venus boire un coup sur ton blog . J’ai bcp aimé ta balade non -touristique de berlin. A vrai dire, si je pouvais choisir ce type de formule à chq fois qu’on voyage ….

    • Sarah Lachhab
      | Répondre

      Merci Nat pour ton commentaire qui me fait sourire après une soirée de travail ! Vous êtes toujours les bienvenus pour un pot virtuel, et pourquoi pas réel !

  3. […] la capitale. Enfin quand je dis « découverts », c’est surtout qu’on nous a emmenés là-bas, hein… Voici donc une petite sélection aléatoire et sentimentale : quatre cafés où nous […]

Répondre